Réponse à Catherine Dorion
Ma collègue candidate de Option nationale dans la ville de Québec nous a livré ici une critique de QS. Je me permets de lui répondre respectueusement.
-Une vision cohérente
Une des critiques que vous adressez à QS concerne la contradiction supposée entre notre programme de gauche et notre volonté souverainiste. On peut en effet se demander jusqu’où le programme social et écologiste de QS peut s’appliquer dans la contrainte d’une province et non d’un pays. Cette question, qui en est une bonne, nous nous la somme posée il y a près de 7 ans, lors de la fondation de Québec solidaire. C’est pourquoi nous avons adopté dès le départ une position souverainiste, car il nous semblait impossible de faire l’ensemble de nos réformes dans le cadre constitutionnel canadien.
Cependant, et c’est là où réside notre désaccord, il est faux de croire qu’on ne peut rien faire «en attendant l’indépendance». On connait que trop bien la chanson :
–La gratuité scolaire? Oui oui on est d’accord, mais on fera ça après l’indépendance.
–La hausse du salaire minimum? Oui oui on est d’accord, mais on fera ça après l’indépendance.
Le PQ nous sert ce discours depuis qu’il a pris le pouvoir en 1976. Pourquoi? Car il s’est donné comme seul objectif l’indépendance. Le reste, ça dépend dans quelle direction souffle le vent. Le dossier de l’amiante cette semaine en est la dernière manifestation.
QS s’est libéré de cette contrainte en plaçant la justice sociale, l’indépendance, l’environnement et le féminisme sur un même pied d’égalité. Pas de libération du Québec sans libération des travailleurs. Pas de libération du Québec sans libération des femmes, etc.
Prenons des exemples concrets. Nous pourrons difficilement bonifier l’assurance-chômage en restant dans le cadre canadien. Même chose en ce qui concerne la révision des monopoles dans le domaine des communications. Cependant, il n’y a absolument aucune raison qui explique d’attendre quoique ce soit pour réaliser maintenant la gratuité scolaire, de réinstaurer la taxe sur le capital et une fiscalité progressiste, faire Pharma-Québec ainsi que d’augmenter le salaire minimum.
-«On débattra de l’axe gauche-droite après l’indépendance»
Vous nous demandez de «nous arrêter et nous concentrer, le temps de briser les liens qui nous contraignent, et reprendre notre marche, indépendants et déliés.» Pour avoir étudié l’histoire politique du Québec, je peux vous dire que ça fait 40 ans que la gauche attend. Ce débat de stratégie a fait particulièrement rage dans les années 60 et 70 ainsi qu’en 1995 lors du dernier référendum. À ce sujet, les leçons de l’histoire sont assez claires : lorsque la gauche souverainiste met en veilleuse son programme social, personne ne le défend au parlement. La preuve la plus récente est l’affaire de la loi 204 sur l’amphithéâtre de Québec. Sans Amir Khadir, seul élu d’un parti identifié à gauche, l’affaire aurait passé inaperçue.
L’affaire de l’amphithéâtre de Québec est également à l’origine de la démission de Jean-Martin Aussant et donc de la fondation du parti dont vous défendrez les couleurs. Je trouve donc un peu étonnant que l’affaire de l’amphithéâtre, un événement se situant bien plus sur l’axe gauche-droite que fédéraliste-souverainiste, soit à l’origine de la création de votre parti mais que ce même parti prône une mise en veilleuse de l’axe gauche-droite.
-Un rééquilibrage du débat public
Tout comme vous, je ne crois pas que la question nationale soit devenue impertinente, que personne ne veuille plus en entendre parler. Je crois que l’axe fédéraliste-souverainiste n’a pas été tassé, mais plutôt que son monopole a été brisé. En effet, il a dû faire de la place à l’axe gauche-droite dans l’espace public, et je trouve cela salutaire. Plusieurs personnes faisaient encore récemment l’amalgame souverainiste=gauche alors que le PQ nous a prouvé à plusieurs reprises que ce n’était pas le cas.
Je crois également qu’il est logique, lorsqu’on est pour la liberté d’un peuple, qu’on soit également pour la liberté du pays qu’habite ce même peuple. Toutefois, il est possible d’être de gauche tout en étant fédéraliste. C’est plutôt rare par contre et c’est ce qui explique qu’il n’existe pas un parti fédéraliste de gauche sur la scène provinciale. Il n’y a pas de masse critique pour développer cette option à long terme.
Et c’est à mon avis l’erreur de ON : croire qu’il y a une quantité suffisante de souverainistes de gauche fondamentalement insatisfaits à la fois du PQ et de QS pour fonder une troisième option qui tente de s’insérer entre les deux.
Vous vous réjouissez de la montée de l’effectif de ON, je me réjouis de mon côté de l’explosion tout aussi impressionnante du nombre de membres à QS. Sauf qu’à la fin de la journée, les tenants de la gauche souverainiste devront faire un choix dans l’urne entre QS et ON : deux partis souverainistes, deux partis pour la gratuité scolaire, deux partis pour la réforme du mode de scrutin…
Trouvez l’erreur.
Merci pour la pertinence de ce commentaire! J’abonde en ce sens!
Intéressant. Mais ON ne dit pas : "on débattra de l’axe gauche-droite après l’indépendance". Son programme est clair là-dessus, sinon, il n’y aurait qu’un seul article, celui de l’indépendance. La différence entre QS et ON en est une de séquence. L’indépendance, c’est un coup de force, ça va être difficile à gagner, il faudra y mettre beaucoup d’efforts, tous nos efforts. ON veut prioriser ça, pas évacuer tout le reste. Je crois humblement que je ne suis pas dans les patates quand je dis que QS priorise la gauche (sans du tout mettre de côté la souveraineté, je sais) et ça serait poussé de continuer à dire : "Non, non, on fait avancer tous nos fronts avec autant de ferveur". Je veux dire, il y a toujours quelque chose qui unit davantage les membres d’un parti qu’autre chose.
Ensuite, plusieurs solidaires se sont mis à nous assimiler au PQ par une espèce de lassitude : "Ah non, encore du monde qui veulent faire passer l’indépendance avant la gauche, maudit, ça fait des décennies qu’on attend que ça change, ne recommencez pas encore la même erreur!" Il faut cesser de nous assimiler au PQ. Le PQ ne priorise qu’une chose : son élection au pouvoir. Ni l’indépendance, ni la gauche. La différence entre le PQ d’un côté et ON et QS de l’autre en est une d’intégrité et de sincérité. Là-dessus, nous sommes ensemble, vous et moi. Alors restons amis, question de garder ouvertes toutes les éventualités
Contribution pertinente.
Qu’est-ce que QS «priorise»? Prenons la dernière année. Beaucoup d’énergie a été mis de l’avant dans notre campagne paysdeprojets.org où nous avons détaillé notre démarche d’accession à l’indépendance (la constituante) ainsi que les projets que nous aimerions voir se réaliser grâce à cette indépendance.
Beaucoup d’énergie ont été investi dans l’appui à la grève étudiante, donc plus proche de la question de la justice sociale, axe fondamental de Québec solidaire.
Finalement, plusieurs interventions ont été faites à propos de l’amiante, du pétrole d’Anticosti et du gaz de schiste. Dans ce cas, c’était plus le volet écologiste qui était mis de l’avant.
En somme, s’il y a certainement des nuances entre les motivations et intérêts de chaque membre, je prends pour acquis que lorsqu’une personne signe sa carte d’adhésion à QS, elle adhère à l’ensemble de ces valeurs dont le ciment est le bien-commun.
Quant à l’amalgame ON=PQ, il est difficile à soutenir car il faut reconnaître que plusieurs ON étaient clairement en appui au mouvement étudiant et à la gratuité scolaire. On ne peut pas en dire autant du PQ.
Merci Catherine. Bonne réponse
Merci à vous deux, Alexandre et Catherine, de contribuer ainsi à préciser le positionnement de Québec solidaire et d’Option nationale. Je milite activement au sein de Qs depuis 2006, et je me réjouis du chemin que nous avons parcouru depuis. Je vois également d’un oeil favorable la présence d’Option nationale sur l’échiquier politique québécois. S’il est vrai que j’aimerais voir tout ce beau monde s’activer au développement d’un seul et même parti, j’ai tout de même l’impression que nous travaillons déjà dans la même direction. Je suis optimiste pour la suite.
Sylvain Bérubé, Sherbrooke
Bonjour,
En tout respect, votre texte manque de rigueur.
Non, la question de l’aréna de Québec n’est pas " à l’origine " du départ de Jean-Martin Aussant, ni de la fondation d’Option nationale.
Non, ON ne fait pas de calcul électoral dans la perspective de séduire des " souverainistes de gauche fondamentalement insatisfaits à la fois du PQ et de QS ". ON fait le pari de porter haut et fort une idée forte.
Vous dites que le PQ de 1976 a reporté certaines réformes parcequ’il mettait l’indépendance en priorité. Non seulement vous ne démontrez rien à cet égard, mais en plus, votre affirmation est fausse à sa face même : Le PQ de 1976, comme celui d’aujourd’hui, proposait d’abord un " bon gouvernement ". Manifestement, ce gouvernement-là ne fut pas à votre goût, et cela est votre droit le plus strict, comme de penser que ce que présente aujourd’hui le PQ ne vous convient toujours pas. Dans les deux cas, cependant, mettre l’absence de certaines politiques dites de gauche sur le dos de l’indépendance est, en regard des faits et non des paroles de tel ou tel politicien, une affirmation gratuite.
Enfin, votre argumentaire fait une éclatante démonstration de ce pourquoi de nombreux indépendantistes conséquents n’appuient pas QS. Tout est résumé dans le passage suivant : " Pas de libération du Québec sans libération des travailleurs. Pas de libération du Québec sans libération des femmes, etc. " Comme si, en soi, l’indépendance nationale n’avait aucune valeur. Comme si la volonté de donner à notre nation sa pleine souveraineté politique, actuellement confisquée en partie par une autre nation, n’était pas une démarche légitime sans être inextricablement liée à d’autres objectifs.
À cet égard, je note que votre pensée s’arrime bien avec ce qu’on connaît du programme de QS, qui ne comporte strictement aucun engagement indépendantiste concret. Il s’agit là, toutefois, de l’écueuil sur lequel se brise votre prétention à l’effet que les souverainismes d’ON et de QS seraient interchangeables. Elle est là, l’erreur.
Nic Payne
Merci de votre réponse.
Vous jouez sur les mots, mais cela ne fait pas mieux passer la couleuvre. Partir " après " quelque chose ne signifie pas automatiquement que ce quelque chose soit déterminant. Or, justement, J.M.Aussant a bien pris soin de dire à quel point la question de la loi 204 n’était pas déterminante dans sa décision de quitter le PQ. Il est parti parcequ’il concluait que sa vision souverainiste ne concordait pas avec les intentions du PQ. Dire ou laisser entendre autre chose, c’est tordre la réalité. La loi 204 ne fut ni déterminante, ni " à l’origine "; Elle fut, tout au plus, un facteur très secondaire.
Quant à l’indépendantisme qui entraverait la gauche, renverser le fardeau de la preuve ne vous aidera pas. Je vous signale que la droite, elle aussi, se plaint d’avoir été brimée par la question nationale. Démontrez nous comment telle ou telle politique a été empêchée durablement par une priorité à l’indépendance qui n’a jamais existé, sauf pendant quelques mois en 1995. Bonne chance.
Mais puisque vous me demandez des indices du contraire, voici une évidence toute simple : dans plusieurs pays occidentaux, les partis de gauche ont grosso-modo les mêmes récriminations et ambitions que la gauche québécoise. Or, ces pays-là ne font pas de débat indépendantiste, et ont un axe gauche-droite très polarisé depuis des temps immémoriaux. Bien entendu, certains de ces pays sont un peu plus, disons, socialistes, que le Québec. Mais plusieurs sont bien plus à droite, même s’ils ne sont pas voisins immédiats des États-Unis et du Canada…
Du reste, vous et moi sommes assez d’accord sur le centrisme — faute d’un meilleur mot — du PQ. Cependant, pouvez-vous vraiment me dire sans rire que cette tendance est dûe à une démarche indépendantiste prépondérante ?
Pour ce qui est de votre parallèle entre les dictatures, le Québec, et les objectifs de QS, franchement, il ne manque pas d’extravagance. Que voulez-vous dire ? Que s’il ne va pas exclusivement vers la gauche, un Québec souverain est candidat aux pires excès, davantage que s’il reste soumis à la tutelle canadienne ?
Un pays souverain qui se débarrasse d’une dictature pour, peut-être, fonder un autre type de régime, c’est une chose. Le Québec, lui, n’est pas souverain, et ne cherche pas, dans sa majorité, une " refondation nationale " à proprement parler. Refonder une nation, si les mots ont un sens, ce n’est pas une petite affaire… Vous avez néanmoins parfaitement le droit de militer pour une telle chose — que je trouve belle et noble –. Si c’est bien ce que vous proposez, assumez vous, et cessez de blâmer l’indépendantisme supposé des autres partis pour les échecs d’une entreprise d’un tout autre ordre.
Sauf que, justement, pendant que vous blâmez le débat sur l’indépendance, tout en soutenant que l’indépendance serait une refondation nationale — avouez que c’est compliqué –, QS ne fait aucune proposition indépendantiste, et je vois que vous ne contestez pas cet état de fait, occupé que vous êtes à appeler un débat gauche-droite. Comment, alors, comptez-vous refonder quoi que ce soit ? Souhaitez vous d’abord une refondation provinciale ?
Quoi qu’il en soit, non, l’indépendance d’une nation comme la notre n’est pas nécessairement un immense chantier socialiste. On peut être partisan des deux objectifs, d’accord; L’indépendantisme est près de la gauche en ce qu’il comporte un élément de changement et de progrès, d’accord; Mais il ne viendrait à l’esprit de personne de forcer les gens de gauche à être indépendantistes. C’est pour cela qu’ON ne passe pas son temps à sermonner QS sur le refrain usé de la " division ". Il semble pourtant qu’à l’inverse, la philosophie solidaire, du moins, exprimée par vous et quelques autres, accepte mal qu’on puisse être indépendantiste sans vouloir forcer le Québec à gauche à travers son indépendance.
NP
L’indépence, bien des pauvres en ont rien a foutre.
ON vas t’il les crisser là pour une indépendance bourgeoisée?
Parce que je vois des signes entres les lignes comme cà… ‘Bah, les gauchistes sont-tu fatiguants un peu..’
L’indépendence est faite pour quoi? ON, PQ, ont dirait que ca les obnubile.
@Nic Payne: Je trouve particulièrement injuste que vous disiez que Québec solidaire n’a jamais fait de "proposition indépendantiste" alors que le parti a passé les dernières années à mener la campagne Pays de projet (http://paysdeprojets.org/). Que vous ne connaissiez pas les propositions indépendantistes de Québec solidaire est une chose, mais de prétendre qu’elles n’existent pas, comme vous le faites, en est une tout autre…
La différence fondamentale entre Québec solidaire et le PQ, concernant la souveraineté, est que le PQ demande d’appuyer l’indépendance comme un chèque en blanc pour que ce parti détermine les fondations d’un pays du Québec. Québec solidaire propose plutôt d’établir de façon démocratique la constitution du projet de pays du Québec et de soumettre ensuite aux Québécois ce projet.
Pour ce qui est de la critique de certains militants d’Option Nationale à l’effet que Québec solidaire ne mets pas tous ses efforts à la promotion de la souveraineté, j’avoue ne pas la comprendre. Lorsque Québec solidaire travaille à améliorer les conditions de vie de la majorité des Québécois, lorsque Québec solidaire s’assure de développer une économie durable et respectueuse de l’environnement, lorsque Québec solidaire bâtis un parti égalitaire et ouvert aux femmes, aux autochtones et aux communautés culturelles, il favorise la souveraineté du Québec. Quand les Québécois voient qu’on peut faire différement, voient qu’on se soucient d’eux, voient qu’on les inclus dans le projet d’indépendance du Québec, il est plus probable qu’ils appuient ce projet.
De la même façon, l’indépendance ne doit pas se faire uniquement sur le volet politique. L’indépendance du Québec perdrait beaucoup de son sens si on en venait, comme la Grèce, à vivre sous une tutelle économique de nos voisins. L’indépendance du Québec, doit se faire autant sur le plan politique que sur les plans économique, social et culturel. Ainsi, tout en travaillant à avancer vers notre indépendance politique, nous devons aussi travailler, avant et après la concrétisation de celle-ci, à développer une culture, une société et une économie qui nous sont propres.
C’est pourquoi Québec solidaire est à gauche et indépendantiste indissociablement parce que notre projet est celui d’un pays solidaire, écologiste, égalitaire et inclusif.
précision : si j’ai l’air de parler tout seul ci-haut, c’est qu’il m’avait semblé voir une réponse de M.Leduc m’étant adressée. Cette réponse existe bel et bien, mais sur Facebook. Ma seconde intervention fait suite à cette réponse qu’on ne peut ( plus ? ) lire ici.
Monsieur Robert,
Au delà des professions de foi en un souverainisme obligatoirement chargé d’une lourde mission sociale, QS propose qu’une assemblée constituante, élue au suffrage universel et représentative d’un maximum de tendances, discute de diverses questions, parmi lesquelles le statut politique du Québec, exercice duquel serait issu l’enjeu d’un éventuel référendum. — on pourra discuter du choix des mots, mais je pense résumer assez fidèlement le très long et fastidieux passage de votre programme qui parle de constituante — Bref, QS propose un référendum sur on ne sait pas quoi. Considérez vous cette proposition comme un engagement indépendantiste ?
Deuxièmement, quand vous dites que, en défendant conditions de vie, développement durable, égalité, femmes, autochtones, etc, QS favorise par le fait même la souveraineté au point où on ne devrait pas l’accuser de ne pas y mettre " tous ses efforts ", excusez moi, mais, une telle incantation aurait besoin de quelques très solides arguments pour ressembler à autre chose qu’une jolie infopub.
Enfin, dites-moi, à quoi pensez-vous qu’une bonne moyenne de Québécois identifient d’abord QS ? À la gauche, aux luttes sociales, à l’altermondialisme, au féminisme, aux sorties d’Amir Khadir, ou à l’indépendance du Québec ? Vous aurez compris qu’à mon avis pas humble du tout, comme dirait Michel Bergeron : poser la question, c’est y répondre.